Tatouage et archéologie : première partie


Archaeology, Articles en français / Tuesday, June 18th, 2019

De nos jours, le tatouage est devenu un accessoire assez mainstream. Mais le tatouage est un art trèèèès ancien… Quels outils étaient alors utilisés ? Quelles étaient les symboliques d’un tatouage selon les civilisations ? Et puis, qui pratiquait le tatouage ? Puisqu’un article n’est définitivement pas suffisant pour traiter ce sujet complexe, je vous en propose une série avec à chaque fois un article plus en profondeur sur point particulier. Pour commencer donc, un petit tour d’horizon des plus vieux tatouages du monde…

Le plus ancien homme tatoué au monde : Ötzi

Les tatouages sont probablement aussi anciens que l’humanité. Mais à ce jour, les plus vieux tatouages découvert sur un être humain se trouvent sur le dénommé Ötzi, et datent d’il y a plus de 5000 ans, entre 3370 et 3100 avant notre ère ! Découvert dans les Alpes de l’Ötzal – d’où son nom – à la frontière entre l’Italie et l’Autriche en 1991, Ötzi a été momifié naturellement par le froid. Ses vêtements, accessoires et outils ont eux aussi été préservés, et toutes ces données ont donc permis de former des hypothèses sur les causes de sa mort, mais nous ont aussi offerts de nombreuses indications sur sa vie et sur son environnement. Le corps d’Ötzi comporte 61 tatouages, tous des lignes, dispersés en petits groupes entre son poignet gauche, ses jambes, ses chevilles et le bas de son dos. L’encre de ses tatouage a été fabriquée à base de suie, et il est possible qu’ils aient été appliqués en partie à des fins thérapeutiques pour ses nombreux problèmes de santé.

Les tatouages d’Ötzi et leur positionnement (clique sur l’image pour la voir en un peu plus grand).

La plus ancienne femme tatouée au monde : la femme de Gebelein

La femme de Gebelein, momie découverte sur le site de … Gebelein (quelle surprise), en Egypte a été réexaminée récemment alors qu’elle était exposée au British Museum depuis des dizaines d’années. De cet examen résulte la découverte de tatouages, et la momie étant quasi-contemporaine d’Ötzi, elle fait donc également partie du club très fermé des tatouages les plus anciens du monde !
En effet, la femme de Gebelein, ainsi que son acolyte masculin découvert sur le même site portant le doux nom d'”homme de Gebelein A”, sont datés entre 3349 et 3093 avant notre ère. Ceci correspond à la période Prédynastique en Egypte, soit juste avant le règne de Narmer, considéré comme le premier pharaon de la première dynastie Egyptienne. Je ne vais pas m’étendre sur l’Egypte antique car c’est loin d’être mon domaine, mais en gros ces momies sont pas mal vieilles.

A gauche, les tatouages de la femme de Gebelein; A droite, des motifs sur une poterie Prédynastique (clique pour voir en plus grand !)

La femme de Gebelein possède 4 motifs en “S” sur l’épaule droite, ainsi qu’une ligne courbe sur son bras droit. Cette dernière ressemble à des objets dont on peut voir la représentation sur des céramiques de la même époque, correspondant à des activités rituelles (des genres de bâtons utilisés pendant des danses). Il est également possible qu’elle représente un sceptre en forme de crochet, symbole de pouvoir et de haut statut.
Concernant les “S” sur l’épaule, c’est un motif qu’on retrouve sur les poteries Prédynastiques. Si ces interprétations sont correctes, la femme de Gebelein posséderait alors le plus ancien tatouage figuratif du monde !

Les plus anciens êtres humains tatoués ailleurs dans le monde

La plus ancienne trace de tatouage en Amérique du Sud se trouve sur une momie masculine datant de la culture Chinchorro (entre 7000 et 1100 avant notre ère), découverte au Chili sur le site d’El Morro. Lui aussi naturellement momifié, il était âgé entre 35 et 40 ans lors de sa mort. Il porte comme tatouage une moustache en pointillés, 8 à gauche de son nez et 4 de l’autre côté, et est daté entre 2563 et 1972 avant notre ère.

Pour l’Amérique du Nord, c’est au Mexique que la plus ancienne momie tatouée se trouve. Datant de 250, celle qu’on appelle la Momia Tolteca (“la momie toltèque”) est une femme retrouvée dans une grotte à proximité de Santa Maria Camotlan. Elle possède des tatouages sur les deux bras, à motifs zoomorphes et abstraits.

Concernant l’Asie c’est en Chine, et plus particulièrement dans le bassin de Tarim, que l’on retrouve les plus anciennes momies tatouées… Et oui, “les”, car il y en a plusieurs, datées entre 1250 et 100 avant notre ère. Celle qu’on connaît le mieux est une femme, datée entre 1000 et 600 avant notre ère, qui possède des tatouages au charbon et à la suie. Ses tatouages étaient probablement ornementaux ou symboliques. On retrouve des lunes sur ses paupières, des formes ovales sur son front et des motifs décoratifs sur sa main gauche, son poignet et ses doigts. Ces motifs sont similaires à des tatouages retrouvés sur des momies en Russie, correspondant donc peut-être à une tradition Eurasienne.

Le tatouage sur la momie masculine Chilienne de la culture Chinchirro.

Deux autres exemples intéressants

Comme le titre l’indique, voilà ici deux autres momies humaines tatouées que je trouve particulièrement intéressantes.

La princesse de l’Altaï

Aussi appelée “princesse d’Oukok”, cette momie féminine a été découverte en Russie sur le plateau de l’Oukok, en haut des montagnes de l’Altaï près des frontières entre la Russie et la Mongolie, la Chine et le Kazakhstan. Datée entre 400 et 200 avant notre ère (culture Pazyryk), son corps momifié a été préservé par le permafrost Sibérien. Elle avait environ 25 ans à son décès, et fut enterrée avec six chevaux, de la nourriture, et de multiples objets.
Ses tatouages sont superbement sophistiqués; pour les Pazyryks, les tatouages permettaient aux membres d’une même famille ou culture de se retrouver facilement après la mort. Ils étaient aussi représentatifs de l’âge et du statut d’une personne. Plus une personne avaient de tatouages, plus elle avait vécu/était importante. La princesse de l’Altaï, elle, n’a que les deux bras tatoués, avec des représentations d’animaux mythologiques et d’hybrides (Griffon/capricorne, panthère…), des épaules aux mains.

Le tatouage sur l’épaule de la princesse de l’Altaï. Les autres tatouages ici et

Apo Anno

Apo Anno est une momie masculine retrouvée dans la province de Benguet, aux Philippines. Elle est datée entre 1100 et 1300.
Apo Anno était un héro local, dont la légende est encore connue des Philippins et fait la fierté des habitants de la province.

Selon la légende, il serait le fils d’un humain et d’un esprit alors sous forme humaine dénommé Kuyapon. Anno fut élevé par Tugtugaka, son père, et devint un excellent chasseur. Il protégeait son village, mais était un homme pacifique. Les villageois et les autres tribus le respectaient grandement.
Lorsqu’il devint âgé et qu’il sentit qu’il allait bientôt mourir, il demanda à se faire enterrer en un lieu à Nabalikong. Alors que les villageois protestaient que son cercueil serait bien trop compliqué à transporter à travers la montagne, il leur dit qu’ils n’auraient qu’à le laisser flotter sur la rivière et le cercueil trouvera son chemin. À la grande surprise des villageois, qui avaient bien entendu suivi ses instructions, c’est ce qui se produit effectivement.
Le corps d’Apo Anno est recouvert de tatouages symboliques indiquant son statut de chef.

Depuis Mai 1999, la momie d’Apo Anno n’est plus montré au public, après de nombreux périples et expositions entre les Etats-Unis et Manille. Le cercueil original est d’ailleurs perdu (mais un nouveau fut fabriqué pour qu’Anno y repose en paix !).

La momie d’Apo Anno.

C’est la fin de ce premier article sur le tatouage ! Comme précédemment vous trouverez les sources utilisées juste après, histoire d’en apprendre un peu plus 🙂 N’hésitez pas à me laisser vos impressions en commentaire, and the English version will be there soon!

À bientôt pour un prochain voyage dans le temps. Héhé.

Sources

Pour cet article, j’ai évidemment utilisé une liste non exhaustive de sources, sélectionnées parmi celles auxquelles j’avais accès, et je m’excuse donc par avance s’il manque des informations importantes. Il sera éventuellement édité si nécessaire. Ce n’est PAS un article scientifique, il n’a qu’un but de vulgarisation et d’ouverture vers de plus amples informations – je vous encourage VIVEMENT à aller plus loin dans vos lectures si vous êtes intéressé par le sujet !

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